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Le thé des écrivains. Chapitre IV. Charles. Le thé des écrivains. Chapitre IV. Charles.

dimanche 28 février 2016 par Elisabeth

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A l’âge des choix, Charles fut formel, ce serait par l’Art qu’il exprimerait sa foi : construire pour la Paix.
Le premier principe résidait sur la paix intérieure, vivre en harmonie avec soi-même.
Il tenait parfois des discours extravagants. Ses théories se situaient entre humour et conception réaliste du monde. Il était difficile de discerner l’un de l’autre.
C’était ainsi qu’il avait séduit Elise. Ce qu’il disait la faisait rire et l’embarras qu’exprimaient ses interlocuteurs, encore davantage. Elle-même ne savait pas toujours identifier la part de moquerie. Son esprit l’amusait. Il lui semblait qu’elle le comprenait derrière les mots ou à demi-mot, parce qu’ils avaient souvent la même opinion. A propos de romans, Elise était tranchante. Charles trouvait toujours un intérêt, il cherchait encore à comprendre quand Elise avait déjà refermé le livre à jamais.
Ils étaient nés tous les deux en 1947, l’année où André Gide reçut le prix Nobel de littérature pour LES NOURRITURE TERRESTRES ; Toute une génération bouleversée par ce livre ; aucun auteur n’a pu réitérer le prodige par la suite.
Sans l’avoir relu, Elise y pensait souvent. C’était une des plus fortes émotions de sa vie, cela et le stade olympique de Delphes ; La vie et la mort s’y croisent comme la lune et le soleil dans une éclipse. Le repos éternel et paisible d’Eupalinos ; la pureté des lignes de l’architecte , des lignes aériennes qui deviennent musique.
Ils s’étaient connus au lycée en 1963, l’année où il était devenu mixte. C’était rare à l’époque. Il y avait le lycée de jeunes filles et le lycée de garçons.
Le port du pantalon était interdit aux filles, il était toléré sous une jupe quand les hivers étaient rudes.
En 1965, lorsque Georges Cravenne créa le pantalon féminin du soir, on cria au scandale. Ses confrères eux-mêmes affirmaient que la pantalon était tolérable dans la maison mais pas dans la rue. C’était comme si la femme sortait en robe de chambre. André Courrèges fut le seul à soutenir l’idée du pantalon pour femmes. On oublie ces petites luttes féministes ; on pense que la femme a toujours pu porter le pantalon. Même pour cela il a fallu se battre.
1963.
De grands événements marquèrent aussi cette année là : l’assassinat de J F Kennedy
La mort de Jean Cocteau , celle d’Edith Piaf, celle de Georges Braque enterré à Varengeville sur mer dans le petit cimetière marin.
Leur amour juvénile se consolida dans la découverte des sociétés secrètes. Charles fut le premier à lire une œuvre très générale, mais il remarqua que quelles qu’elles soient, elles laissaient une grande liberté de penser. Il en fit part à Elise qui comprit immédiatement que le sens de sa vie se cachait dans ces lignes ; puis Balzac fit le reste, puis Baudelaire avec ses correspondances et ses paradis artificiels, puis Rimbaud, puis Perec et de nombreux peintres dont elle parlerait dans son œuvre ultime pour s’y être tant référée au cours de sa vie professionnelle.
Elise choisit la théosophie, Charles devint franc-maçon. Ils n’échangèrent plus sur le sujet. Chacun construisit sa vie aux côtés de l’autre avec complicité silencieuse et non-dits.
Que savaient leurs enfants sur les croyances de leurs parents ? Rien ; à part qu’ils n’étaient ni juifs ni catholiques, ni protestants, ni orthodoxes, ni musulmans. Lorsqu’ils posaient des questions, on leur répondait qu’ils choisiraient leur religion ou leurs croyances plus tard.
Elise sentait une autre forme d’héritage." étrange, se disait-elle, nous sommes économiquement les petits-fils de la crise de 29, de la dépression mondiale qui suivit le krach de Wall street mais nous nous considérons aussi comme les enfants du Surréalisme, né en 24, dont les racines s’ancrent dans le symbolisme du XIX° siècle. Ces courants de pensée arrivent jusqu’à nous comme une généalogie naturelle et continue.
La poésie de Baudelaire, c’est du Delacroix. Le tamisé des intérieurs mauresques, les « divans profonds » grenat ou vert olive, l’ailleurs et la désillusion.

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Delacroix

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