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Le thé des écrivains. Chapitre IX. La photographie. Le thé des écrivains. Chapitre IX. La photographie.

mardi 19 avril 2016 par Elisabeth

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Elise admirait beaucoup Annie Ernaux même si elle la considérait comme une rivale littéraire parce qu’elle avait eu la même idée de lier l’Histoire à son histoire. Elle y était si bien parvenue qu’Elise ne savait plus quoi dire. Elles étaient natives toutes deux de la même région, cette Normandie meurtrie par la guerre. Elles n’étaient pas du même milieu Elise était issue de la petite bourgeoisie. Toutes les conversations et les expressions citées dans "les années", Elise les avait entendues. Elle avait apprécié cette façon d’
écrire à partir de photographies et avec le détachement en troisième personne, ne pas dire c’est moi mais la petite fille sur la photographie a des nattes et porte des lunettes...
Elise possédait peu de photographies de son enfance et de sa jeunesse.
Elle pensa à l’évolution de cet art. Loin du gros appareil sur pied, couvert d’un tissu noir sous lequel se glissait le photographe, les techniques s’étaient améliorées.
Du noir et blanc, on était passé à la couleur. Ensuite, les appareils s’étaient perfectionnés avec les objectifs qu’on pouvait inter-changer : grand angle, télé-objectif, les flash pour photographier à l’intérieur...Une fois encore, la société de consommation y avait mis son nez.
Grandes marques, sous-marques, polaroïd qui développait aussitôt la photographie, appareils jetables...téléphones.
La photographie était entrée dans l’Art. Dans les années 70, David Hamilton s’était rendu célèbre avec ses flous artistiques.
Objet de luxe, outil indispensable, la photographie et la consécration de l’image donnaient les normes de cette fin de XXe siècle et ouvraient la porte aux high-tech de notre quotidien actuel.
Le cinéma d’amateur avait évolué lui aussi du super-huit à la vidéo.
Elise pensa qu’elle était restée en dehors de ces transformations technico-sociales. C’était Charles qui avait pris les choses en main. Dans son métier d’abord, photographie et architecture se relayaient ; après la naissance des enfants, comme tout le monde, il était passé du traditionnel archaïque au numérique.
Elise ne regardait que les photographies d’Art, celles qui engageaient le photographe et le spectateur. Elle était abonnée à "Reporter sans frontières".
Longtemps, elle avait aimé feuilleter et feuilleter encore les albums dont ses enfants petits étaient les héros. A présent la nostalgie se greffait sur ce plaisir-là. On ne peut pas remonter le temps sans douleur. Les enfants vivaient leur vie à présent. Ils étaient étrangers à ces petits êtres souriants sur le papier glacé et elle, Elise devenait une vieille femme sans attente dans ce XXIe siècle qui n’était pas le sien, comme elle se plaisait à le répéter.


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