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Le prince Taor de Mangalore de Gaspard Melchior Balthazar par Michel (...) Le prince Taor de Mangalore de Gaspard Melchior Balthazar par Michel Tournier de l’Académie Goncourt

mardi 26 avril 2016 par Elisabeth

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L’histoire ou la légende des Rois Mages n’est mentionnée que dans l’Evangile de Saint Mathieu et dans " la Légende dorée" de Jacques de Voragine.
Michel Tournier joue sur cette légende chrétienne surtout connue grâce à la peinture parce qu’elle a inspiré de nombreux artistes. Il joue avec la culture chrétienne, certes, mais également avec les origines de la culture occidentale qu’il enrichit de ses propres voyages.

« Oui, je suis resté passionnément fidèle à la grande révélation hellénique de mon adolescence…………La conclusion qui s’était douloureusement imposée à moi, lors de ce premier voyage, c’est que j’appartenais de cœur et d’âme à cette Grèce chérie, que seul un affreux malentendu de la destinée, m’avait fait naitre ailleurs. »
C’est le cri du coeur de Balthazar, c’est sûrement celui de Michel Tournier.

Aux trois rois légendaires, Michel Tournier ajoute le Prince Taor de Mangalore dont il fera l’allégorie de la Bible et de l’Evangile.
Entre eux, les rois parlent du pouvoir. Hérode plus que les autres, car il a commis assez de crimes pour écrire un roman. Taor moins que les autres, qui illustre la légende incertaine d’un quatrième roi mage. Arrivé le dernier de Mangalore, le prince du pays du sucre est uniquement venu chercher la recette du « rahat loukoum à la pistache » avec la bénédiction de sa mère la maharani, et avec une flotte portant cinq éléphants qui se perdront entre l’océan et la mer Morte. À la formule inaugurale de Gaspard, roi noir de Méroé amoureux d’une blonde qui l’a trompé, « Je suis noir, mais je suis roi » répond celle de Melchior prince de Palmyre : « Je suis roi mais je suis pauvre ». Balthazar, le vieux roi de Nippur –qu’on imagine situé quelque part vers ce qui sera Bagdad–, souverain inconsolé de la perte de son musée pillé par l’insurrection d’un religieux fanatique, a rencontré la caravane de Gaspard en arrivant à Hébron ; là, ces rois se feront touristes devant des tombes célèbres avant de se rendre à Bethléem où l’archange Gabriel les attend. Pourchassé et ruiné, Melchior s’est joint à eux déguisé en page, ce qui ne saurait tromper les espions d’Hérode. Comme dans l’Histoire, il y a recensement, et puis meurtre des innocents et leurs cadeaux bien connus : un peu d’or, de myrrhe et d’encens offerts à Jésus ; le pauvre est bientôt forcé de fuir avec ses parents vers un refuge égyptien. Le plus inattendu est sans doute ce prince indien amateur de sucreries condamné à survivre trente-trois ans dans les mines de sel de Sodome. Sa libération arrivera juste à temps pour lui permettre de se rendre à Jérusalem, y trouver les restes de la Cène et ainsi « recevoir l’eucharistie le premier ». Comme quoi les derniers seront les premiers...
Taor de Mangalore
Il aime ce qui est sucré. Maintenu par une mère avide de pouvoir dans une confortable ignorance, sa vie se déroule dans la frivolité. Il faudra un petit morceau de rahat-loukoum à la pistache pour le sortir de ta torpeur. Accompagné d’une opulente suite chargée de sucreries et de futiles babioles, il entreprend un voyage qui sera celui de l’éveil.
On peut dire que cette quête a des motifs légers pour les quatre personnages. La recherche de la blondeur, celle d’un papillon aux couleurs étonnantes, le retour au pouvoir, une recette de confiserie, sont des raisons futiles. Pourtant, les personnages, de superficiels deviennent profonds, d’inexistants ils deviennent des êtres humains, tout cela parce qu’ils ont connu l’illumination dans la crèche de Bethléem.
Tous ! Sauf Taor, éternel retardataire, dont la quête personnelle se transforme en course contre le temps. Se lançant à la poursuite de Jésus, Marie et Joseph, c’est aussi le temps perdu dans la nonchalance, qu’il essaye de rattraper.
Les épreuves vont s’abattre sur lui, l’amitié va se transformer en trahison, sa générosité pour les enfants de Nazareth se trouve contrebalancée par le massacre des Innocents ordonné par Hérode. Sa naïveté va le conduire à prendre la place d’un condamné aux mines de sel et c’est à cette occasion que l’inversion atteindra son paroxysme, lui l’apôtre du sucré, se retrouve détenu dans un monde où seul règne le salé. Si l’esprit se modifie, le corps n’est pas épargné… le prince replet cède peu à peu la place à un personnage décharné qui en perdant sa chair retrouve l’essentiel. Il est le prince transfiguré.
Un long chemin de Damas commence. Trente-trois années, comme par hasard, dans l’obscurité des mines de sel, jusqu’au moment où un nouveau prisonnier lui parle d’un prédicateur qu’il a entendu près du lac de Tibériade… Il comprend enfin le sens de tout cela, le sens même de la nécessité du sacrifice… « Le goûter qu’il avait donné aux enfants de Bethléem et le massacre des petits perpétré en même temps commençaient à se rapprocher et à s’éclairer mutuellement. Jésus ne se contentait pas de nourrir les hommes, il se faisait immoler pour les nourrir de sa propre chair et de son propre sang. »
Taor va, pour une dernière fois, arriver en retard. Dirigé vers la maison de Joseph d’Arimathie où Jésus et ses disciples étaient attablés, il entre dans une salle vide. Sur la table de cette Cène, des coupes contiennent encore du vin et quelques morceaux de pain sans levain qui rappelle la fuite hors d’Égypte de Moïse.
"Taor eut un vertige : du pain et du vin ! il tendit la main vers une coupe, l’éleva jusqu’à se lèvres. Puis il ramassa un fragment de pain azyme et le mangea. Alors il bascula en avant, mais il ne tomba pas. Les deux anges qui veillaient sur lui depuis sa libération, le cueillirent dans leurs grandes ailes, et, le ciel nocturne s’étant ouvert sur d’immenses clartés, ils emportèrent celui qui, après avoir été le dernier, le perpétuel retardataire, venait de recevoir l’eucharistie le premier."

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les Rois Mages. Van der Weyden.

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