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Le thé des écrivains. Chapitre XVIII. L'enfance. Le thé des écrivains. Chapitre XVIII. L’enfance.

lundi 10 octobre 2016 par Elisabeth

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Dans ses souvenirs, à part une vision du Havre rasé et les tickets de rationnement, Elise n’avait pas dépassé son adolescence, sa rencontre acec Charles.Mais avant ? Lorsqu’elle courait chez grand-mère Louise, dans les allées du jardin reconverties en rues portant des noms de fleurs ? Quelle petite fille était-elle ? Insouciante ? Triste ? Inquiète ? Heureuse ?
Insouciante, elle ne l’était pas. Le fantôme de la guerre était trop présent. Triste, elle l’était parfois, surtout si ses sœurs semblaient l’être. Inquiète, évidemment. Elle ne comprenait pas tout ce qu’elle entendait à la radio quand l’heure solennelle des informations avait sonné.
A cette époque, comme la télévision était peu répandue, on pouvait voir au cinéma Les actualités en images. Certaines avaient impressionné Élise, au point de s’en souvenir à présent, comme des flash. Depuis quelques temps, les médias parlaient beaucoup de l’entrée des chars soviétiques dans Budapest : cela faisait partie des images marquantes. Élise se rappelait cette entrée des chars dans la capitale hongroise et tous ces gens qui marchaient pour fuir dans le froid et la neige. Comme l’hiver 54 de l’Abbé Pierre, l’hiver 56 avait été rude.
C’étaient encore des images de guerre.
La France était en guerre contre l’Algérie. Ce conflit avait duré toute son enfance. En 62, elle était devenue une adolescente. Elle avait compris les enjeux, pris des positions pour l’indépendance de l’Algérie, contre la torture. On savait. Des livres circulaient sous le manteau. En 56, encore cette année-là, cinq chefs du FLN avaient été arrêtés. Leur avion avait été détourné par l’armée française.
Malgré tout, Élise gardait de son enfance un souvenir de bonheur. Elle était choyée, elle jouait avec ses sœurs, elle aimait bien l’école, elle avait de bonnes camarades.
Dès qu’elle sut lire, elle plongea dans les livres et n’en sortit jamais.
On commençait à parler de l’Europe. Élise se représentait Jean Monet et Robert Schumann, avec leur bâton de pélerin, frappant à la porte de chaque pays pour lui demander s’il voulait participer à la construction européenne. On avait mis en place le marché commun.
Elle se souvenait de grèves qui duraient longtemps, de cars de CRS, de crises ministérielles dont elle ne comprenait pas les aboutissants. Il ne lui semblait pas que le retour de De Gaulle fût une bonne solution. Elle penchait déjà vers le communisme.
Le Havre s’était reconstruit. Un modèle de la modernité. Une grande froideur aussi. D’après les Anciens, la ville avait perdu son cachet.
Et puis, il y avait "Elle" ! Françoise l’achetait chaque semaine. Les filles attendaient impatiemment cet instant. Christine découpait les photos des mannequins. Jacques Fath, Jean Patou, Christian Dior...Des noms qui faisaient rêver.Des robes qu’on ne porterait jamais.
Elise n’avait pas de souvenir précis sur le premier numéro de magazine qu’elle avait lu. Elle était née avec "Elle". Elle le lisait encore, soixante-dix ans après. Les pages de mode l’amusaient, la faisaient replonger dans son enfance avec ses soeurs. Esthétiquement, c’étaient de belles photographies. Elle s’intéressait aux pages "culture", aux articles aigre-doux de Hector Obald, aux conseils de lecture, aux combats des femmes où qu’elles vivent.
Sophie était abonnée aussi, comme une tradition, une continuité, un mot de passe.
L’enfance, c’est la confiture, les tartines de beurre saupoudrée de chocolat, la marelle, surtout les espoirs de réussir sa vie.

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Elle

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