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Le thé des écrivains. Chapitre III. Anne. Le thé des écrivains. Chapitre III. Anne.

samedi 2 janvier 2016 par Elisabeth

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Anne, petite Anne, ma soeur Anne. Elle n’était plus de ce monde. Pourtant, elle aimait la vie mais le cancer l’avait emportée.
Une vie courte mais bien remplie.
Très jeune, elle s’était engagée au parti communiste français. Les nouvelles générations ne savent pas qu’il a existé, pourtant il a été une force politique importante jusqu’aux années 90.
La vie d’Anne était très liée aux événements de cette fin de siècle.
Les sœurs aînées d’Elise et d’Anne les avaient convaincues que la colonisation était une injustice et les petites aidaient les grandes pour faire passer des messages pendant la guerre d’Algérie, lorsqu’il fallait faire circuler les valises.
Les aînées, Nathalie et Christine, hébergeaient des rebelles recherchés. Elles étaient surveillées par les Renseignements généraux et sous la terreur de l’OAS, elles avaient reçu des menaces de mort. C’était lourd pour Élise et Anne, elles étaient jeune encore, tenues dans le secret et ne devaient rien dire. Que d’angoisses !
À partir de ce moment, les quatre sœurs, très unies, avaient toujours été engagées.
Anne avait signé le manifeste des 343 salopes pour la légalisation de l’avortement. Simone Weill avait été admirable face à cet hémicycle hostile de machos.
Chez Anne et Philippe, on parlait toutes les langues. De par ses études, Philippe en avait appris un certain nombre, mais le spacieux appartement recevait tout étranger en détresse. En 73, on parlait espagnol à cause du coup d’état au Chili. Ceux qui avaient pu fuir les foudres de Pinochet se retrouvaient hébergés par Amnistie international et par extension par Anne et Philippe.
En 81, la marche des femmes, partie de Suède pour la paix dans le monde, devait arriver à Paris, le 6 août, date à laquelle la bombe atomique avait été jetée sur Hiroshima en 1945. Anne, ses sœurs et leur mari s’occupaient du comité d’accueil. chez Anne et Philippe, on n’entendait plus parler français et l’appartement ressemblait à un squatte.
1981 ! Comme on avait rêvé ! La légalisation des radios libres ! L’abolition de la peine de mort ! Des grands noms aux commandes de l’Etat ! Des pointures, comme on dirait de nos jours, mais ils ont disparu. Certains sont morts de "leur belle mort", expression paradoxale, d’autres ont été suicidés. En conclusion, il ne reste plus personne pour reprendre l’ardeur de ces années-là. Les circonstances ont changé. La mondialisation, l’élargissement du nombre de pays à l’Union Européenne, la crise de 2008, c’est un tout autre paysage dans lequel l’individu ne se reconnaît pas et ne sait plus à quel groupe appartenir.
Elise et Anne, les petites comme on les appelait dans la famille, avaient coutume de se rencontrer. Anne venait prendre du repos à La Ciotat, Élise devait souvent se rendre à Paris pour des expositions ou pour voir des œuvres originales du peintre sur lequel elle écrivait.
Un jour, la tragédie de la mort survient. Une grosseur pas décelée à temps, de la négligence, des erreurs de diagnostics qui retardent et la séparation pour toujours.
La douleur n’était pas vive pour Élise qui repensait à cette vie et à ces partages de joie, de rire, de bonheur aussi. Sa soeur était toujours présente. Elle préférait penser à elle vivante, comme si elle pouvait lui téléphoner, la voir, l’entendre.
C’étaient sur ces événements qu’elle hésitait, devait elle raconter l’intime qui venait de lui traverser l’esprit ? Devait elle trouver un autre moyen d’expression pour qu’un éventuel lecteur comprît qu’ elle appartenait aussi à l’Histoire.


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